Une brouille entre l’Etat et les opérateurs économiques sur la dette intérieure

Le ministre des Finances, du budget et du portefeuille public, Calixte Nganongo a récemment annoncé le paiement pour « bientôt » de 14 milliards de francs CFA au compte de la...
El Adj Abdoulaye Bopaka, président de l'Union nationale des opérateurs économiques du Congo

Le ministre des Finances, du budget et du portefeuille public, Calixte Nganongo a récemment annoncé le paiement pour « bientôt » de 14 milliards de francs CFA au compte de la dette intérieure de l’Etat arrêtée à 300 milliards de francs CFA. Mais, le président de l’Union nationale des opérateurs économiques du Congo, El Adj Abdoulaye Bopaka conteste ce montant, et parle de plus d’un millier de milliards de francs CFA dus actuellement aux opérateurs économiques congolais.

Dans une interview exclusive à Vox, le président Bopaka salue les efforts du ministre des Finances pour commencer à payer la dette commerciale intérieure. Mais, il ne reconnait pas le montant de 300 milliards dont parle le gouvernement. « C’est très insignifiant. Rien que la dette au niveau de l’UNOC, nous sommes à 887 milliards de francs CFA », a indiqué le président de l’UNOC.

Le ministre Calixte Nganongo a récemment promis aux hommes d’affaires, notamment représentés par leurs syndicats, qu’une première partie de 14 milliards de francs CFA sera dégagée pour commencer à payer cette dette intérieure. Elle fait partie de la somme de 300 milliards reconnue par l’Etat. Cette somme a même déjà été intégrée dans le budget de l’Etat 2017.

Depuis des années, opérateurs économiques et gouvernement ne s’accordent pas sur le montant exact de la dette commerciale intérieure. L’Etat avait déjà reconnu en 2006 le principe de cette dette, qu’elle existait bel et bien.  A l’époque du ministre Gilbert Ondongo aux Finances, un processus d’authentification de cette dette a même été lancée. Ce qui a donné le chiffre de 300 milliards. Un chiffre rejeté par les patrons congolais, estimant que l’ardoise devrait bien plus importante.


Selon les opérateurs économiques, la grosse partie de cette dette vient du sinistre des guerres civiles. Pendant ces périodes troubles de la vie nationale, les hommes d’affaires avaient été sérieusement en première ligne des victimes collatérales.  Et s’en est suivie une série de factures non payées par l’Etat. La crise actuelle a augmenté le volume de la dette, car l’Etat est en phase de faiblesse de paiement.

Les statistiques officielles font de 54% du service de la dette dans le PIB en 2015. Aujourd’hui, ce chiffre a dépassé les 77% du PIB, donc au-delà des normes d’endettement autorisées par la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC). La dette extérieure constitue  87% de toute la dette publique du Congo.

Les 23% constituant la dette intérieure comprennent effectivement la dette commerciale à l’égard des opérateurs économiques, la dette sociale composée essentiellement des arriérés de salaires, des pensions de retraite ainsi que les arriérés d’ambassades. On note par ailleurs dans cette dette intérieure, la dette conventionnée composée de dette envers les Chinois à travers la BSCA Bank et une grosse ardoise envers la société d’assurances ARC. Depuis trois ans, la dette publique intérieure n’a diminué que de 2%.

Pour le président Bopaka, les opérateurs économiques congolais sont vilipendés partout. « Les partenaires nous poursuivent, les banques nous poursuivent et les travailleurs nous attaquent. L’Etat nous a mis dans une situation difficile », a déploré le président de l’UNOC.