Mokoko et Okombi bientôt devant leurs juges

La demande a été faite le 29 décembre par le président Denis Sassou N’Guesso devant le parlement réuni en congrès. Le général Jean Marie Michel Mokoko et l’ancien ministre...

La demande a été faite le 29 décembre par le président Denis Sassou N’Guesso devant le parlement réuni en congrès. Le général Jean Marie Michel Mokoko et l’ancien ministre André Okombi Salissa, ainsi des dizaines de leurs collaborateurs, en prison depuis des mois, pourront ainsi se défendre au cours d’un procès juste et équitable qui sera organisé courant premier trimestre 2018 au tribunal de grande instance de Brazzaville.

Ces acteurs politiques ont passé beaucoup de temps en prison, considérés pour certains comme des prisonniers privilégiés du pouvoir, à cause de leur intransigeance quant à l’élection du président Sassou N’Guesso en mars 2016. Ce long temps d’emprisonnement devrait normalement servir au procureur de la République d’avoir travaillé sur ces cas emblématiques, afin que les charges retenues contre ces opposants soient confirmées ou requalifiées.

Bien que le secret de l’instruction couve toute la procédure contre le général Jean Marie Michel Mokoko, on sait que l’officier supérieur traverse régulièrement le couloir maison d’arrêt et palais de justice pour livrer sa part de vérité devant le juge d’instruction. Si les militants et les responsables politiques de l’opposition affirment que le dossier est vide, les magistrats eux ont de belles raisons de retenir dans sa cellule celui qui est devenu à l’issue de la dernière présidentielle le principal opposant au pouvoir.

Le général Mokoko est sous les verrous depuis juin 2016. Il est arrêté pour atteinte à la sureté intérieure de l’Etat. En clair, il lui est principalement reproché le fait d’avoir voulu destabiliser le régime de Brazzaville par un coup d’Etat. Une vidéo mettant en scène le général et certains complices avait longtemps circulé sur les réseaux sociaux. Il semble que le procureur de la République s’en était saisi pour ouvrir une enquête judiciaire. Les soutiens de l’officier supérieur avaient contesté l’originalité de ce document, fustigeant des montages grossiers aux fins d’accabler le général. Et pourtant, cette vidéo pourrait demeurer la pièce maitresse du procès, concernant notamment cette charge.


Poursuivi pour les mêmes charges, l’ancien ministre et député de la majorité présidentielle, André Okombi Salissa est écroué depuis le 10 janvier 2017, après une arrestation spectaculaire dans un quartier périphérique de Brazzaville. Candidat à l’élection présidentielle de mars 2016, Okombi Salissa est passé à l’opposition après son éviction du gouvernement en 2015. Il s’était ensuite opposé au changement de la constitution. Après un séjour dans les geôles de la DGST, l’ancien député de Lékana dans les Plateaux a rejoint depuis une cellule à la maison d’arrêt. Lui aussi fait des allers et venues entre sa cellule et le bureau du juge d’instruction.

Il semble finalement que les juges se sont mobilisés pour cerner le problème, en menant leur instruction. Reste qu’ils ficellent les dossiers avec des charges bien précises, pour permettre au procureur de la République de déposer l’affaire sur la table du juge compétent de juger.
Ces arrestations orchestrées au lendemain de l’élection présidentielle de 2016 avaient soulevé de vifs indignations et questionnements dans le pays, notamment au sein de la classe politique. Le juge est donc l’arbitre final qui dira le droit sur ces faits. Doit-on se servir de sa stature d’homme politique pour échapper à la justice de son pays, ou doit-on se servir de la justice de son pays pour traquer les opposants ? Une double question à laquelle les Congolais ne se lassent plus d’attendre une réponse précise.

Au Congo, ces procès sont souvent organisés et suivis avec passion. Le procès sur l’affaire des disparus du beach en juillet 2005, celui sur l’explosion du 4-Mars en juillet 2014 et l’affaire Marcel Ntsourou ont bien laissé des failles au sein de la justice congolaise.