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Plus de 80 ninjas libérés sans être jugés

Alors que les Congolais attendaient le procès des ex-miliciens ninjas, arrêtés pour « actes de terrorisme », la justice a décidé le 26 juin de libérer 81 partisans du pasteur Ntumi, détenus à la maison d’arrêt de Brazzaville depuis 2016, à la suite des incidents provoqués après l’élection présidentielle. A leur place, comme à l’époque de Jésus et Barabbas, plusieurs Congolais disent préférer la libération des opposants politiques.

Cette libération intervient quelques semaines après la visite le 9 juin aux prisonniers à la maison d’arrêt par la commission mixte-paritaire pour les accords de paix dans le Pool. Selon  Jean-Gustave N’tondo, l’un des représentants du pasteur Ntumi au sein de cette commission, la visite consistait également à promettre pour « bientôt », la libération aux prisonniers. Ce qui est aujourd’hui chose faite.

Ces 81 détenus ninjas sont donc libérés au nom des accords de cessez-le-feu et de cessation des hostilités passés le 23 décembre 2017 entre l’armée et les miliciens ninjas. La libération des prisonniers politiques et ceux de guerre figure en bonne position dans le document signé à Kinkala dans le Pool. En mars dernier, un premier groupe de quatre personnes a été remis aux représentants du pasteur Ntumi en présence du ministre de l’Intérieur, Raymond Zephyrin Mboulou.

Philippe Ané Bibi, l’un des porte-parole du pasteur Ntumi, avait déclaré à cette occasion que c’était « une symbolique. D’autres libérations devraient suivre, le temps de mettre en musique certains aspects de l’accord ».

Ces hommes ont pourtant été arrêtés au lendemain des violences armées du 4 avril 2016 à Makélékélé, puis dans le Pool. Selon le procureur de la République, André Ngakala Oko, ils étaient poursuivis pour « actes de terrorisme », ainsi que leur chef, le pasteur Ntumi, contre lequel un mandat d’arrêt a même été délivré. A l’ouverture, en mai dernier, de la session criminelle, l’affaire Ntumi a bel et bien été inscrite dans le rôle. Finalement, c’est sans procès que les partisans de Ntumi regagnent tranquillement leurs familles.

Pour le commun des Congolais, l’action des autorités est incompréhensible au moment où des grands leaders de l’opposition, ainsi que des officiers généraux ont été jugés et sévèrement condamnés pour avoir eu des intentions d’organiser un coup d’Etat contre les institutions en place. Mais les ninjas qui sont désormais en liberté depuis le 26 juin ont, pour la plupart, été au front des combats, tué et détruit des biens publics et privés. Le règlement politique devrait passer après la justice, estiment bon nombre de juristes.

A la place, les Congolais auraient aimé voir dehors et en liberté, certains opposants politiques comme Paulin Makaya, Jean Marie Michel Mokoko, André Okombi Salissa, Jacques Banangandzala, Jean Ngouabi ou Anatole Limbongo-Ngoka, et le patron du journal Thalassa, Ghys Fortuné Dombe-Bemba. Cela pour détendre le climat politique dans le pays.

La libération de ces ninjas devrait constituer un signe avant-coureur pour l’annulation du mandat d’arrêt qui pèse sur le pasteur Ntumi et son frère, tous les deux en cavale, et recherchés pour « actes de terrorisme ». La fin de ces poursuites permettra alors l’amorce d’une nouvelle étape dans les négociations de paix dans le Pool, dans le cadre d’un dialogue politique entre les deux camps. A l’issue de ces discussions, les Forces armées congolaises devraient rejoindre leur position d’antan,  les ninjas déposer les armes et être réinsérés. Le pasteur Ntumi lui, devrait certainement rêver d’une nouvelle place au soleil.