Fondateur de l’Agence d’information d’Afrique centrale et visionnaire de l’intégration médiatique sous-régionale, Jean-Paul Pigasse s’est éteint le 11 juillet 2026 à Paris, à l’âge de quatre-vingt-six ans. Journaliste français devenu patriote d’adoption congolais, il a consacré sa vie à bâtir un pont durable entre la France et le Congo à travers l’information. Fondateur du quotidien Les Dépêches de Brazzaville, le plus diffusé du pays, il aura œuvré sans relâche pour donner une voix commune aux deux rives du fleuve Congo. Avec sa disparition, la presse d’Afrique centrale perd un bâtisseur, un visionnaire et un défenseur acharné d’une information intégrée.
Journaliste rompu et chef d’entreprise de presse, Jean-Paul Pigasse s’est éteint après avoir œuvré sans répit à la création d’une agence d’information couvrant à la fois la République du Congo et la République démocratique du Congo. Sa vision demeurait limpide, celle d’étendre cette structure à l’ensemble des pays d’Afrique centrale afin de donner une voix commune aux deux rives du fleuve. À son actif figure surtout l’Agence d’information d’Afrique centrale, dont il fut le fondateur et qui a joué sous sa direction un rôle essentiel en fournissant une information de qualité, couvrant toutes les rubriques, aux lecteurs des deux rives du Congo. Journaliste dans l’âme, il caressait encore récemment le projet de créer une télévision destinée à devenir un miroir de l’Afrique, dans le but de mettre son groupe en phase avec les normes des médias modernes. Fin gestionnaire, il s’était toujours employé à doter son groupe des moyens financiers et matériels nécessaires pour motiver ses équipes, les journalistes demeurant à ses yeux le véritable pilier de toute entreprise de presse.
Affaibli par la maladie ces derniers temps, Jean-Paul Pigasse n’était plus en mesure de superviser activement le travail au sein de son groupe, une absence qui a exposé la structure à plusieurs difficultés de fonctionnement, se traduisant notamment par l’accumulation de plusieurs mois d’arriérés de salaires pour le personnel. Au delà de son propre groupe, il n’avait par ailleurs jamais cessé de plaider pour la restauration de l’Agence congolaise d’information, confrontée depuis des années à de multiples difficultés qui l’empêchent de jouer pleinement son rôle de pourvoyeuse d’informations fiables auprès des autres médias. C’est dans ce contexte qu’il avait signé un éditorial resté célèbre, une interpellation directe adressée aux pouvoirs publics pour sauver cet outil d’information essentiel.
Né le 26 juillet 1939 à Toulouse, Jean-Paul Pigasse était diplômé de l’Institut d’études politiques de Toulouse et licencié en droit, promotion 1961. Il débute sa carrière à La Dépêche du Midi de 1961 à 1963, au service de politique étrangère, avant de rejoindre après son service militaire le groupe Réalités-Entreprise-Connaissance des Arts à Paris. En 1966, il devient rédacteur en chef de l’hebdomadaire économique Entreprise, poste qu’il occupe jusqu’en 1975, tout en menant en parallèle des travaux de recherche au CEPE et à l’Institut français d’études stratégiques.
En 1976, il rejoint Les Échos comme conseiller de Jacqueline Beytout, avant d’être nommé directeur général adjoint en 1980, où il pilote la diversification du groupe. James Goldsmith l’appelle en 1986 pour redresser L’Express, avant qu’il ne prenne la direction de Cavenne SA deux ans plus tard. En 1995, Béchir Ben Yahmed le recrute comme vice-président de Jeune Afrique Media Group.
Deux ans plus tard, en 1997, Jean-Paul Pigasse fonde sa propre structure, l’Agence d’information d’Afrique centrale, financée principalement par l’État congolais. L’entreprise se développe rapidement, avec un site internet, un mensuel dès 2002, un hebdomadaire à partir de 2006, puis le lancement du quotidien Les Dépêches de Brazzaville en 2007. À Brazzaville, il crée également une librairie et une galerie d’art abritant près de six cents objets anciens ainsi que des toiles de l’École de Poto-Poto, tandis qu’à Paris, dans le septième arrondissement, il ouvre un centre de presse et une librairie-galerie dédiée aux auteurs du Bassin du Congo. Secrétaire général de la revue Géopolitique africaine dirigée par Henri Lopes, il avait également coécrit plusieurs ouvrages soutenant l’action du président Denis Sassou-N’Guesso.
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